samedi, mai 26, 2007

Améliorer l’expérience grâce à « l’aménagement de lieux »

L'aménagement des lieux fait toute la différence à Mont-Tremblant, Québec
Photo: Intrawest

(article publié initialement dans TOURISME)

Si la règle d’or de l’aménagement des centres de villégiature est la nécessité de créer des endroits où les invités peuvent circuler facilement à pied, peu de promoteurs ont été aussi transparents qu’Intrawest au sujet des principes directeurs qu’ils appliquent pour atteindre cet objectif. La société de Vancouver a des propriétés en Amérique du Nord et dans le monde, mais elle est mieux connue au Canada pour ses activités à Whistler Blackcomb (C.-B.) et à Mont-Tremblant (Québec) – deux endroits ayant un passé très différent mais où les mêmes principes s’appliquent, selon le vice-président directeur, David Greenfield.

« En 1986, Intrawest a eu la chance d’acheter Blackcomb, l’un des deux sommets à Whistler. À l’époque, Intrawest était un promoteur immobilier qui concentrait son activité à Vancouver, dans l’Ouest du Canada et dans le Nord‑Ouest des États‑Unis », ajoute M. Greenfield. « Nous y avons vu l’occasion de combiner les compétences en gestion opérationnelle acquises à Blackcomb à l’expérience immobilière d’Intrawest. Le mariage des deux ne se voyait pas beaucoup à l’époque dans le monde des centres de villégiature d’hiver. »

Intrawest s’est lancé dans une opération de planification à Blackcomb. « La meilleure façon de procéder, selon nous, était de réunir certains des grands penseurs du milieu de la planification de centres de villégiature, et c’est ce que nous avons fait. »

Entre‑temps, une autre occasion s’est présentée à l’autre bout du pays; pour celle‑là, nous avons eu besoin des connaissances d’Eldon Beck. Il avait participé à la planification maîtresse du village de Whistler et de Vail (Colorado). « Nous avons constaté que lui seul possédait le flair et les compétences dont nous avions besoin pour créer un « authentique » village de villégiature », souligne M. Greenfield. « Avec son aide, nous avons commencé à comprendre ce qu’il fallait. Eldon Beck comprend les raisons profondes pour lesquelles les villages en montagne fonctionnent bien – et les principaux fondements matériels, spirituels et sociaux de ces centres. »

Ces fondements n’ont pas été mis à plus rude épreuve qu’à Mont Tremblant : « C’était la première fois que nous bâtissions un village à partir de zéro, en 1991. Tremblant agonisait et il serait probablement mort si personne ne l’avait relevé lorsque nous l’avons fait. Nous y avons trouvé une culture d’une grande richesse et une rare authenticité. Rien à fabriquer, tout était là – dans l’histoire locale, dans l’histoire de la province, dans le lieu comme tel. Les nombreux éléments dans lesquels nous pouvions puiser ont fait qu’il n’a pas été difficile de créer un village. »

Créé en 1938, Tremblant était l’un des premiers villages de villégiature en Amérique du Nord, explique M. Greenfield : « À l’époque, le seul autre véritable village de ski en Amérique du Nord était Sun Valley (Idaho). Tremblant était le deuxième et, en fait, il a acheté un monte‑pentes à Sun Valley pour créer sa première remontée mécanique. L’architecture était alors assez unique, car le propriétaire/promoteur original – un certain Joe Ryan – avait créé ses propres traditions en fonction de ce qui, selon lui, devait se passer dans un centre de villégiature situé dans ce milieu particulier. »

Mont Tremblant faisait partie de l’âme du Québec depuis des générations et c’est pourquoi quand Intrawest a pris le contrôle, il a vite constaté qu’il devait miser sur ce patrimoine. « Nous avons commencé à parler avec les gens et les souvenirs inoubliables d’une enfance et d’une adolescence passées dans cette merveilleuse destination internationale des années 50 et 60 ont commencé à surgir. Nous avons regroupé toutes ces histoires, les styles locaux et les éléments culturels et commencé à comprendre non pas l’apparence que devait avoir Tremblant, mais l’atmosphère qu’il devrait dégager. »

Fort des connaissances des personnes qui vivaient dans la région depuis longtemps (instructeurs de ski de longue date et employés du centre de villégiature depuis 30 ans), M. Greenfield a pu voir comment faire revivre le rêve qui était si vibrant dans les années 30 et 40.

Lui et son équipe sont allés dans des villages de villégiature en montagne d’Europe pour voir leur configuration matérielle. « Nous avons aussi visité des endroits au Québec pour voir les styles architecturaux que nous estimions importants, et nous avons élaboré un plan pour le village en nous inspirant de certaines architectures originales. Nous ne pouvions pas nous contenter d’y implanter le même type d’architecture de l’Ouest canadien que nous avions implantée à Whistler et à Blackcomb. »

Le résultat devait dégager une certaine authenticité : « Nous voulions un hôtel qui ferait penser à un vieux château que les gens pourraient avoir vu à Québec ou ailleurs », souligne M. Greenfield. « Nous voulions une petite aire commerciale avec de vieux bâtiments qui montrerait clairement ce à quoi Tremblant ressemblait dans les années 30. Tout ce que vous y voyez respire « Québec ». Nous estimions aussi qu’il était important de conserver certains bâtiments pour témoigner du Tremblant d’hier et de demain. »

Il donne l’exemple d’une église construite vers la fin des années 30 qui est véritablement une icône pour le centre. « Nous avons dû déplacer des petits bâtiments afin de créer un village historique piéton : nous les avons jumelés à des aires de restauration afin de leur donner une vocation récréative parce qu’ils représentaient un patrimoine que nous estimions devoir préserver. »

Selon Intrawest, « l’aménagement de lieux » est une philosophie que l’organisation essaie d’appliquer. « Nous sommes humains, ce qui veut dire qu’il nous arrive parfois de miser dans le mille et parfois de passer totalement à côté. Les gens vont en Europe et disent : « vous savez, ces villages sont fantastiques ». Il est facile d’oublier qu’ils ont été aménagés sur des centaines d’années; nous essayons d’aménager des lieux en quatre ou cinq ans! »

M. Greenfield est d’avis que nous devons donner aux villages d’aujourd’hui le temps de croître et d’évoluer organiquement. « On a parfois tendance à juger des résultats trop vite. » En résumant certains des principes qui font de grands villages de villégiature, M. Greenfield fait les recommandations suivantes :

« Le village doit être fidèle à son histoire et à sa culture. Il doit se fondre dans le paysage naturel pour ne pas avoir l’air d’y avoir été installé de force. Il doit témoigner d’un superbe sens de la mesure par rapport aux environs tout en affichant les dimensions auxquelles les gens s’attendraient d’une architecture d’époque. Le milieu doit être varié, intriguant et excitant. Eldon Beck parle toujours du voyage de découverte du village – les gens ne doivent pas pouvoir tout déchiffrer d’un coup d’œil. Ils doivent être attirés par des endroits et découvrir le village en le parcourant à pied – ils doivent toujours avoir l’impression de trouver quelque chose de nouveau. »

Un certain nombre d’éléments y contribuent. Dans un endroit comme le Four Seasons Whistler, M. Greenfield mentionne l’utilisation de matériaux de construction naturels dans une architecture qui donne presque l’impression d’être contemporaine. « C’est presque un dérivé de la côte Ouest. Le milieu naturel est très présent, mais nous l’utilisons de façon contemporaine. À Whistler, où nous n’avons pas eu à nous inspirer d’un passé de 200 ou 300 ans, l’atmosphère s’apparente davantage à celle d’un pavillon de parc national. »

« Sur la place centrale de Mont Tremblant, on comptait habituellement une centaine de chaises adirondack que les gens pouvaient déplacer pour faire face au soleil. Les nouveaux propriétaires ont gardé cette simple tradition en raison de la façon dont les gens se servaient des chaises pour se mettre à l’aise, exprimant ainsi un petit côté de leur propre personnalité. Les chaises adirondack créent de l’animation, et le milieu même se prête aux interprétations personnelles.

On a dit de l’aménagement de lieux qu’il constitue « l’art de se retrouver soi‑même dans un endroit où l’on vit ». C’est cela que les grands centres de villégiature rendent possible.

Une bouffée d’air frais au Musée de la GRC à Regina

Photo: Centre du patrimoine de la GRC

(article publié initialement dans TOURISME)

L’histoire de la Gendarmerie royale du Canada est typiquement canadienne. C’est une histoire qu’on est encore en train d’écrire, et que l’on partagera bientôt avec des visiteurs du monde entier au Centre du patrimoine de la GRC de Regina, qui devrait ouvrir ses portes à la fin de mai 2007.

Conçue par l’architecte canadien de renommée internationale Arthur Erickson, l’installation de deux étages, d’une superficie de 6 500 mètres carrés, est située sur un terrain de 6,7 hectares à côté de l’École de la GRC. On y présentera aux invités des expositions interactives et des stimulations multisensorielles comprenant des objets provenant des collections et des archives de la GRC. Selon le président‑directeur général, Vic Huard, ce projet d’interprétation du patrimoine, d’une valeur de 40 millions de dollars, est l’un des plus ambitieux dans l’histoire récente du Canada.

« L’initiative remonte à 1995, lorsque plusieurs dirigeants de la collectivité, y compris des représentants des Amis du Musée de la Gendarmerie royale du Canada, ont discuté des façons de promouvoir le Musée », indique M. Huard. « Le Musée de la GRC (qui a ouvert ses portes en 1973) avait atteint son objectif. De plus, on avait besoin de plus d’espace et de nouvelles approches pour permettre au public de mieux connaître l’histoire de la GRC. » M. Huard explique comment les discussions ont formé une vision qui allait intégrer la vision architecturale d’Arthur Erickson. « Dès ce moment, le nouveau Centre a vraiment commencé à prendre forme, ce qui a entraîné des engagements de divers ordres de gouvernement, soutenus par une importante initiative de financement. »

Le premier des deux volets du projet est presque terminé. Il comprend la construction de l’édifice et de la première partie des expositions, qui occupent 18 000 pieds carrés, dont 10 000 pour les expositions interactives. L’emplacement du Centre est crucial; il était essentiel de construire le Centre là où les cadets sont formés, là où tout commence. « Nous continuerons d’offrir des visites guidées pendant l’été, comme pour l’ancien Musée de la GRC », souligne M. Huard, « mais ces visites seront liées à des programmes du Centre. » Il promet une expérience tout à fait différente : « Les programmes d’interprétation seront beaucoup plus que de simples visites guidées. »

Malgré son optimisme quant aux avantages considérables du Centre du patrimoine sur l’économie de Regina, Vic Huard met en garde ceux qui pensent que cette attraction fort attendue entraînera une augmentation marquée du tourisme dans la capitale de la Saskatchewan : « Nous ne pouvons assumer ce rôle nous‑mêmes. À la suite des recherches menées dans le cadre de l’élaboration de la stratégie de marketing de Regina, nous sommes bien conscients que ce ne sont pas les attractions uniques qui attirent les touristes. »

M. Huard préfère voir le Centre collaborer avec d’autres attractions de la ville et de la province. « Comment pouvons‑nous tirer parti du pouvoir d’attraction de la GRC? Il s’agit de l’une des organisations les plus connues du monde entier. Si nous réussissons à attirer les visiteurs, nous devrons nous demander comment les encourager à passer la nuit à Regina. Comment pouvons‑nous conjuguer nos efforts avec d’autres produits, attractions ou atouts du patrimoine ou de la culture? Nous avons un passé très riche et nous ne le mettons peut‑être pas suffisamment en valeur. Cela nous donne l’occasion d’attirer des gens d’une nouvelle manière. »

Pendant ce temps, M. Huard se concentrera sur l’amélioration du produit. « Nous devons d’abord nous assurer que le produit et le système fonctionnent, que nous comprenons notre propre produit et que nous offrons un service de premier ordre. L’expérience sur le terrain favorisera notre réussite. L’architecture de l’édifice est phénoménale, les expositions seront fantastiques, mais nous misons aussi sur le fait que les visiteurs voudront revenir. Pour nous, il est essentiel de réunir une équipe qui comprend cet objectif continu. »

Les célébrations de 2008 en Colombie‑Britannique : la participation des collectivités


(article publié initialement dans TOURISME)

L’année 2008 marquera le 150e anniversaire de la Colombie–Britannique et le 200e anniversaire des voyages d’exploration de Simon Fraser et de David Thompson. Les organisateurs des célébrations connaissent bien les débouchés que peuvent entraîner les plus simples commémorations. Le directeur exécutif du secrétariat, Charles Parkinson, en est bien conscient, tout comme le ministre du Tourisme Stan Hagen et le premier ministre Gordon Campbell.

« Le premier ministre a eu l’idée de créer les Spirit Squares », souligne M. Parkinson. « Il s’agit de lieux de rassemblement et de célébration à l’extérieur – pas seulement pour les fêtes de 2008, mais également pour d’autres événements à venir. Existe‑t-il dans votre collectivité un lieu de rassemblement naturel? Il peut s’agir du secteur riverain, du centre‑ville ou d’un parc. »

C.‑B. 2008 a réservé 20 millions de dollars pour cette initiative et a reçu 132 demandes de collectivités de la Colombie‑Britannique. Ces demandes sont présentement évaluées par un groupe d’architectes paysagistes, de planificateurs communautaires et de spécialistes du design.

« Il semble que nous ayons visé juste. Dans de nombreuses collectivités, on souhaite créer un lieu illustrant le sentiment d’appartenance. Nous offrons les outils nécessaires pour concrétiser ces projets. »

M. Parkinson espère que l’industrie du tourisme tirera parti des célébrations du 150e anniversaire de la province : « Les Olympiques auront lieu en 2010. De plus, les Jeux autochtones de l'Amérique du Nord se tiendront dans la vallée de Cowichan en 2008. On estime que 6 000 athlètes et 3 000 artistes y seront présents. Nous voulions trouver une façon originale de présenter les Jeux à la population de la C.‑B. »

« On a décidé d’organiser une version autochtone du parcours de la flamme olympique », explique M. Parkinson. « Divers artistes autochtones (et leurs apprentis, qui profiteront ainsi d’une formation enrichissante) réaliseront un totem, dont la création prendra la forme d’une exposition interactive. »

Le totem sera conçu et exécuté de manière traditionnelle et sera présenté dans différentes collectivités dans l’ensemble de la province, où les gens seront invités à sculpter une partie du monument avant qu’il soit déplacé à nouveau. Comme le totem représente traditionnellement pour les Autochtones du Nord‑Ouest du Pacifique l’histoire d’une famille ou d’une tribu particulière et sert à rappeler ses ancêtres, cet effort commun représente le symbole idéal de l’unification des collectivités et des régions de la Colombie‑Britannique au cours des 150 dernières années.

« À la fin, près de 10 000 personnes auront contribué au projet. Tous les participants peuvent conserver les copeaux en souvenir et signer le livre des artistes, qui sera présenté à côté du totem », ajoute M. Parkinson. « Le totem se rendra éventuellement à Prince‑Rupert et sera intégré à l’exposition Tribal Journeys, qui souligne le patrimoine des nations autochtones du littoral du Pacifique. Il s’agit de l’un des événements culturels les plus importants associés aux Jeux autochtones de l'Amérique du Nord. L’édition de 2008 des Tribal Journeys devrait être la plus importante jusqu’à maintenant et comptera plus de 80 pirogues de mer traditionnelles. »

La régate des pirogues transportant le totem symbolique suivra le littoral vers le sud, et d’autres pirogues s’ajouteront en chemin. M. Parkinson indique que les pirogues, avec à leur bord les participants portant des habits traditionnels, traverseront le détroit de Georgie et se rassembleront à l’embouchure de la baie de Cowichan. Les participants seront alors invités sur la rive pour un accueil salish traditionnel. Le totem, l’équivalent du flambeau, fera partie intégrante des cérémonies d’ouverture et sera présenté par les gens de la Colombie‑Britannique aux membres des tribus Cowichan.

Au cours de l’élaboration du programme des célébrations de 2008, M. Parkinson et son équipe ont établi les facteurs de réussite, en s’inspirant des fêtes du centenaire de l’Alberta et de la Saskatchewan, du bicentenaire de Lewis et Clark , des célébrations de l’an 2000, d’Expo 86 et même des célébrations du 125e anniversaire du Canada. « Ce n’est pas le genre d’information qu’on peut trouver sur Google », indique M. Parkinson. « En consultant la documentation, nous avons réalisé que les collectivités devaient éprouver un sentiment d’appartenance en participant aux célébrations. Il s’agit avant tout d’une question de communication et de marketing. Nous avons constaté qu’il est important de miser sur notre fierté et sur notre caractère unique. Si nous voulons doubler nos revenus associés au tourisme, comment pouvons‑nous faire revivre l’histoire? Comment faire pour mobiliser les gens des collectivités, quelles que soient leur génération et leur culture? »

Le groupe de M. Parkinson a adopté plusieurs solutions convaincantes, dont l’une vise la remise en service de la Royal Hudson, une locomotive à vapeur des années 1930, complètement remise à neuf, qui parcourrait la province et permettrait de présenter les nombreuses manières dont les chemins de fer ont influencé la province.

« La locomotive Royal Hudson tirera sept wagons. Les trois premiers présenteront une exposition itinérante illustrant l’histoire de la province, produite par le Royal BC Museum. Les trois wagons suivants transporteront des passagers. Il pourrait y avoir des animateurs costumés représentant diverses périodes de l’histoire de la Colombie‑Britannique. Enfin, le dernier wagon sera consacré aux divertissements. Lorsque le train s’arrêtera dans une collectivité pour la nuit, on pourra y organiser des réceptions et d’autres événements. »

Selon M. Parkinson, on élabore actuellement trois itinéraires thématiques : « le trajet de la ruée vers l’or, qui se rendra dans le Nord de la province; le trajet de la confédération, qui cheminera vers l’est jusque dans la région des Kootenays; enfin, un troisième itinéraire où les wagons seront transportés par traversier jusqu’à l’île de Vancouver, où ils parcourront le trajet du patrimoine. »

M. Parkinson souligne que ces idées ne viennent pas de lui ou de son secrétariat. « Elles ont été proposées par des citoyens de la province et dans le cadre de diverses réunions. Nous croyons que l’histoire a été écrite dans les collectivités et qu’elle doit également y être célébrée. L’économie est dynamique, le taux de chômage est faible, le secteur des ressources est en pleine effervescence et les Jeux de 2010 à Vancouver arrivent à grands pas. On s’entend pour dire qu’il y a beaucoup de choses à célébrer en Colombie Britannique, et les célébrations de 2008 représentent une occasion par excellence! »