samedi, mai 21, 2005

Flâneries à Sault Ste.Marie

La Nature avec un grand N attend les randonneurs qui foulent les pistes panoramiques tracées dans les régions boisées de Sault Ste. Marie.
Photo: Tourisme Ontario

Si Sault Ste. Marie ne figure pas sur la liste des hauts lieux du tourisme ontarien, son vécu passionnera les férus d'histoire industrielle. Mieux : ses environs peuvent être déclinés au superlatif : le plus important lac d'eau douce du monde, la plus vaste réserve de chasse du globe et... le canyon Agawa, source d'inspiration pour plusieurs artistes du Groupe des Sept.

PAR PAUL KING ET BARBARA FULTON

Pour la majorité des Canadiens, Sault Ste. Marie est synonyme d'acier, un point c'est tout. Mais cette petite agglomération ontarienne - ou, du moins, ses environs immédiats - possède des trésors insoupçonnés. C'est le cas du canyon Agawa, que l'on peut découvrir grâce à un circuit ferroviaire saisissant et qui constitue une excellente raison de songer sérieusement à découvrir cette ville mal-aimée.

Avec ses 80 000 âmes, l'ancienne capitale nationale de l'acier est également située non loin du plus grand lac d'eau douce au monde, de l'écluse la plus achalandée de la planète et de la plus importante réserve de chasse du globe. C'est également le lieu de naissance de Roberta Bondar, la première Canadienne à avoir pris part à une mission spatiale.

Bordant la rive nord de la rivière St. Mary's, la ville, aujourd'hui coquette et piquée d'arbres, fut jadis un village algonquin. Le célèbre explorateur français Étienne Brûlé fut le premier Européen à y débarquer, en 1610. En 1783, la North West Company y fonda un poste de traite des fourrures et creusa du coup un canal de façon à ce que leurs énormes canots puissent affronter les rapides qui bouillonnent toujours entre la rivière et le lac Supérieur.

Cette vaste étendue lacustre, alimentée par 200 rivières, n'est pas seulement le plus vaste lac d'eau douce (82 100 s s kilomètres) du monde, c'est également le plus élevé (180 mètres au-dessus de niveau de mer) et le plus profond (406 mètres). Les scientifiques estiment que son volume total pourrait couvrir de 30 centimètres d'eau l'Amérique du Nord au complet.

Pour puiser dans toutes les ressources du lac, le canal de Sault Ste. Marie fut remplacé en 1895 par la première écluse à avoir jamais fonctionné à l'électricité. Cette écluse pouvait élever des bateaux à 11 mètres et constituait la dernière des 16 « marches d'eau » du Réseau Grands Lacs Voie maritime du Saint-Laurent, long de 3 226 kilomètres, qui relie le lac Supérieur à l'océan Atlantique.

Dans les années 1900, l'addition de quatre grosses écluses sur la rivière St. Mary's, du côté du Michigan, a fait du réseau de canaux de Sault Ste. Marie le plus utilisé du monde. Des navires d'acier géants transportant plus de 100 millions de tonnes de céréales, de bois et de charbon y passent chaque année. En fait, les canaux de Sault Ste. Marie transportent plus de tonnage en un jour que ceux de Panama et de Suez réunis.

Même le ciel au-dessus des écluses est tissé d'acier. En plus du pont international, une structure arquée de trois kilomètres, utilisée par plus de deux millions de passagers/véhicules par année, trois ponts ferroviaires massifs relient également l'Ontario et le Michigan. En dessous, sur la rive canadienne, les lumières de l'usine Algoma Steel scintillent dans la nuit.

Sault Ste. Marie et acier sont synonymes depuis que l'industriel américain Francis Clergue débarqua en ville, en 1892, et que le minerai de fer fut découvert à Wawa, au nord. Pressentant qu'une fortune se cachait là, Clergue rassembla de riches investisseurs pour mettre sur pied douze industries importantes, dont une aciérie, une usine de papier, deux services publics d'électricité, deux chemins de fer, une flotte de navires à vapeur et un réseau de tramways.

Avant le début des années 1900, Clergue avait réussi à édifier un empire industriel et sa vision avait virtuellement créé la ville. Mais c'est l'Algoma Central Railway qui attire aujourd'hui plus dethattata 100 000 voyageurs chaque année.

En passant par le canyon...
C'est en 1899 que l'on commence à construire des chemins permettant d'acheminer le minerai depuis Wawa, grâce au dur labeur de 2 000 hommes qui, tout en chassant les mouches noires et en affrontant des feux de brousse, tracent les rails au-dessus de profondes coulées. Les rails se déploient jusqu'au Mile 56 lorsque l'empire de Clergue s'écrase, en 1903. De nouveaux propriétaires font finalement rouler le chemin de fer jusqu'au Mile 296, à Hearst. Mais c'est le célèbre canyon Agawa, au Mile 114, qui retient l'attention.

Véritable tour de force d'ingénierie, les rails plongent sur 150 mètres dans le canyon, où les passagers de l'Agawa Canyon Tour Train peuvent pique-niquer, pêcher dans la rivière ou explorer les pistes qui se déploient jusqu'à quatre chutes et un point de vue à 75 mètres au-dessus des rails. L'automne venu, tandis que le canyon flamboie de mille et une couleurs, on ajoute des voitures supplémentaires au train.

Ici, le paysage, accidenté à souhait, est si sublime qu'au début des années 1920, de nombreux membres du Groupe des Sept ont été inspirés par la région. Ils louaient un wagon couvert de la société de chemin de fer qu'ils installaient, telle une cabane sur roues, près des lieux les plus stimulants. Les artistes peignaient également la beauté sauvage des paysages entre le lac Supérieur et la baie d'Hudson, où l'on trouve aujourd'hui la réserve faunique de Chapleau, immense étendue couvrant 700 000 hectares.

Cette réserve, la plus importante du monde, abrite 119 espèces d'oiseaux et 49 types d'animaux, du plus grand d'Amérique du Nord (l'orignal) au plus petit (musaraigne naine). La faune abondante et variée comprend ours noirs, loups communs, lynx, visons et pygargues à tête blanche. La seule chasse autorisée se fait à la pointe de l'objectif, bien que la pêche soit permise dans la centaine de lacs et de rivières.

Sault Ste. Marie propose également bon nombre d'attraits, la plupart s'égrenant le long de la promenade riveraine, grouillant de pêcheurs et de spectateurs durant le Great Tugboat Race, en juin, et le derby de saumon, en août. Sur la pointe ouest de la promenade, une passerelle traverse le lieu historique national du Canal-de-Sault-Ste. Marie. Surplombant la promenade, le casino bat au rythme des machines à sous et des tables de jeu. Également sur le front de mer, le Roberta Bondar Park and Pavilion, un site de concerts, de festivals et autres manifestations, présente ce que l'on estime être la plus importante murale rétroéclairée ainsi qu'un buste de la première femme astronaute canadienne qui, en 1992, s'est exclamée de l'espace : « J'aperçois ma ville natale! »

Le bateau musée Norgoma, le dernier bateau de croisière à passagers construit sur les Grands Lacs, est amarré à côté du parc. Tout près de là, le Canadian Bushplane Heritage Centre est truffé de pièces anciennes, de vieux avions à des articles tirés de la navette Discovery, dans laquelle prenait place Bondar. Les amateurs d'art pourront visiter la Art Gallery of Algoma, et les férus d'histoire pourront découvrir celle de la ville au Sault Ste. Marie Museum, installé dans un édifice patrimonial.

Mais il ne faut pas quitter la ville sans avoir fait une croisière à bord du Chief Shingwauk, qui vogue deux heures durant sur la rivière, passe l'écluse canadienne puis revient par les écluses du Michigan tandis que l'équipage sert des cocktails et décrit les sites. Exquis!

Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur d'autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l'adresse www.voyagecanada.ca.

Source: Commission Canadienne du tourisme

Cette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.

Au pays des Inuvialuits

À Holman, aux confins du cercle polaire, une petite communauté aussi chaleureuse que créative vit isolée de la civilisation occidentale... tout en tirant profit du tourisme. Bienvenue au pays des Inuvialuits, les « êtres humains réels ».

PAR JULIE PLOURDE

De toutes les destinations touristiques canadiennes, l'Extrême-Arctique représente, pour plusieurs, le bout du monde, une terre inconnue et sauvage, indomptée et indomptable. Pourtant, chaque année, près de 300 touristes se rendent dans l'île de Victoria, au nord de la mer de Beaufort, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Avec ses étendues glacées et ses falaises de roc qui ceinturent le paysage, l'île, aux confins de l'imaginaire, est une oasis de solitude et de quiétude. Holman, petite localité située sur sa côte ouest, attire un éventail de visiteurs, dont les mobiles sont aussi variés qu'inattendus : si certains veulent s'imprégner de la culture des Inuvialuits, d'autres viennent y pratiquer leur élan lors du tournoi de golf le plus septentrional d'Amérique du Nord.

Mais ce sont surtout des chasseurs qui débarquent ici, pour traquer l'ours polaire, le bœuf musqué et le caribou. Généralement méconnue, la pratique de la chasse dans les environs d'Holman est fort prisée des connaisseurs. Ainsi, chaque année, près d'une cinquantaine de personnes n'hésitent pas à survoler le pays en entier pour venir chasser le mammifère le plus dangereux de la planète, l'ours polaire.

L'expérience est unique. Des amateurs de partout dans le monde sont amenés en traîneau à chiens par des guides locaux, à l'un des camps situés le long de la côte. Deux semaines d'isolement, de promenade et de guet à la manière traditionnelle les attendent.

Mais pour apercevoir cette bête magnifique, les chasseurs doivent cependant délier les cordons de leur bourse. Ulukhaktuk Adventures, un pourvoyeur de Holman spécialisé dans la chasse sportive, demande environ 15 000 $ pour chasser avec un guide 14 jours durant, l'ours polaire. Pour la chasse au bœuf musqué et au caribou, la facture ne sera que de 3 200 $!

« La plupart des chasseurs de grands mammifères ont déjà pratiqué la chasse partout dans le monde et recherchent avidement l'aventure », estime le directeur du marketing du Bureau du tourisme des Territoires du Nord-Ouest, David Grindlay. Cette recherche de sensations fortes rapporte beaucoup à la petite localité d'environ 400 personnes : l'industrie de la chasse sportive embauche près de 60 personnes dans la communauté.

Mais pour les aventuriers qui ne veulent pas débourser autant d'argent et qui, de toute façon, n'apprécient pas l'idée de se frotter au plus grand carnivore de l'Arctique, la communauté de Holman a plus à offrir, si ce n'est que la rencontre avec l'un des peuples les plus chaleureux du monde, aux dires de plusieurs...

Inouïs Inuvialuits
Les Inuvialuits, ou « êtres humains réels », sont les Inuits de l'Arctique de l'Ouest, et vivent répartis dans six communautés des T. N.-O. Ce peuple, qui s'exprime en inuvialuktun, a connu maintes tribulations qui ont menacé sa survie. C'est ce qui rend ces gens uniques au monde, selon le conservateur et archéologue du Musée canadien des civilisations, David Morrison. « Ce peuple a su s'adapter à d'énormes changements culturels, probablement les plus importants de tout l'Arctique », explique-t-il.

Entre 1850 et 1910, près de 90 % de la population inuvialuite s'est éteinte des suites des maladies infectieuses transmises par les Européens. Malgré ces épidémies et la sédentarisation forcée, les Inuvialuits ont persévéré dans l'adversité. Aujourd'hui, leur culture est vivante, vibrante et colorée, comme en témoignent les remarquables gravures qui font la renommée de Holman et qu'on peut admirer à l'atelier d'art de la Holman Esquimau Cooperative.

« Holman est une communauté des plus artistiques. Les gravures sont très narratives. Particulièrement habiles, les artistes manient avec brio la technique du pochoir », explique la conservatrice de l'art inuit du Musée des beaux-arts de Winnipeg, qui possède la plus grande collection de gravures de Holman.

La communauté, qui vit essentiellement de chasse et de pêche, se spécialise aussi dans la vente de qiviuq, dont la valeur a atteint des sommets au cours des dernières années. Ce léger duvet que porte le bœuf musqué est soigneusement récolté par les femmes de la localité. Transformée dans le sud du pays, cette laine, plus douce que l'angora, sert à la fabrication de pulls, de bonnets et de moufles. Il semble même que certaines grandes métropoles de la mode, comme Londres et Paris, en ont fait leur petit secret...

Un peuple chaleureux
Malgré le climat rigoureux qui sévit au nord du 70e parallèle, la bonne humeur est omniprésente, chez les habitants de Holman. Le cinéaste Allan Booth, de Yellowknife, s'est rendu plusieurs fois dans la localité pour filmer le Kingalik Jamboree, un festival de trois jours qui a lieu au mois de juin et qui célèbre le retour du canard migrateur dans la région.

Chaque fois, il est impressionné par l'accueil de la communauté. « Ce peuple est différent, unique. Ils sont tellement hospitaliers! Les visiteurs se font traiter comme des membres de la famille. Je me demande pourquoi les gens d'ici sont si sympathiques! »

À cette question, la linguiste Emily Kudlak, originaire de Holman, ne peut vraiment apporter de réponse. « C'est probablement dû à la façon que nous avons de communiquer. C'est difficile à dire : Holman, c'est Holman... C'est unique ! » Lors du passage des chasseurs, la communauté organise des soirées de danse au tambour et de chant de gorge, et elle prépare le muktuk, un met composé de peau de baleine crue ou le quak, de la viande gelée crue.

Ce bain culturel accentue davantage l'impression que le temps s'est figé ici il y a des milliers d'années. Allan Booth, lui, se sent toujours très petit au cœur de cette terre qui se déploie à l'infini. « Je me dis toujours que c'est l'endroit le plus extraordinaire que je n'aie jamais vu. Il y a si peu de gens, et le territoire est tellement immense... Ça me donne l'impression d'être au commencement de la civilisation! »

Les temps modernes ont toutefois rattrapé les Inuvialuits pour qui ordinateurs, micro-ondes et moteurs à essence n'ont plus rien de nouveau. Mais les racines sont pourtant encore bien en vie, solidement agrippées aux glaces éternelles du territoire. Ce mariage de deux mondes façonne les nouvelles générations, comme celle d'Emily Kudlak, qui vient à peine d'atteindre le cap de la quarantaine. « J'ai été élevée dans l'ère moderne et je ne sais plus très bien où j'en suis avec mes repères historiques. Je sais que ma mère est née dans un igloo. Mais les aînés ont connu tellement de changements! »

Qu'on se rassure cependant : si la modernité a quelque peu rattrapé l'Arctique, le dépaysement demeure à coup sûr au rendez-vous. Et les Inuvialuits, eux, sont toujours aussi humains, toujours aussi réels...

Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur d'autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l'adresse www.voyagecanada.ca

source: Commission Canadienne du tourisme

Cette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.