Au XIXe siècle, un mouvement de réfugiés connu sous le nom de Chemin de fer clandestin a permis à des milliers d'esclaves d'emprunter la voie de la liberté. Aujourd'hui, des sites historiques ontariens rendent hommage au courage dont ont fait preuve tous ceux qui ont milité pour les droits des Noirs.
PAR CATHY STAPELLS
Si les murs pouvaient parler, une minuscule église de St. Catharines, en Ontario, aurait une grande histoire à raconter. La chapelle Salem, de l'Église épiscopale méthodiste britannique, servit jadis de quartier général au Chemin de fer clandestin, un réseau qui permit à des esclaves afro-américains de recouvrer la liberté, au Canada.
Si plusieurs esclaves trouvèrent ainsi refuge dans cette petite église, c'est grâce à Harriet Tubman, qui mena plus de 300 d'entre eux au-delà des frontières américaines, tout au long des huit années qu'elle passa à St. Catharines.
« Tubman fut la plus importante accompagnatrice du Chemin de fer clandestin, raconte Rochelle Bush, directrice historique de la chapelle Salem, construite en 1855 et désignée lieu historique national du Canada. Elle a risqué sa vie plus d'une fois pour aider les esclaves à traverser la frontière. »
Née au Maryland en 1820, madame Tubman échappa elle-même à l'esclavage, en 1849. Surnommée la « Moïse noire », elle retourna 19 fois dans le sud américain pour conduire des esclaves - dont ses propres parents, en 1857 - sur le chemin de la liberté. « Elle vécut à St. Catharines entre 1851 et 1858 et elle fit 11 voyages, malgré le fait que sa tête ait été mise à prix pour 40 000 $ », explique Bush, une descendante d'un de ces esclaves. En 1830, la famille de son père arriva de Richmond, en Virginie, pour s'installer dans la région de Oro/Collingwood. La famille de sa mère arriva de South Columbia, en Caroline du Sud, en 1844, et vécut dans les environs de St. Catharines.
Après la guerre civile américaine, madame Tubman déménagea à Auburn, New York, où elle continua à travailler pour l'avancement des droits des Noirs et des femmes. Elle mourut en 1913, âgée de plus de 90 ans.
L'histoire de cette héroïne, comme celle de tous ceux qui souhaitaient trouver la liberté et fuir les conditions brutales du Sud américain, en est une de désespoir et de sacrifice. Or, le Chemin de fer clandestin arrivait à leur redonner espoir.
Une lutte de longue dateLe mouvement prit racine dans le sud des États-Unis et traça son chemin vers les États du nord et, éventuellement, vers le Canada, où les Noirs pouvaient vivre comme des citoyens libres.
Mis sur pied au début des années 1500 par des sympathisants abolitionnistes (tant des Noirs que des Blancs), le chemin de fer atteignit un sommet entre 1780 et 1865. Enveloppé de secret, peu de faits furent répertoriés. Cependant, des historiens croient qu'environ 40 000 fugitifs arrivèrent au Canada grâce à ce mouvement. Ils s'établirent dans le Haut-Canada, appelé Ontario à la fin du XVIIIe siècle, qui était alors considéré comme un havre sécuritaire pour les Noirs.
En 1793, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe établit un précédent en déposant un projet de loi pour interdire le trafic d'esclaves dans le Haut-Canada. Car à l'époque, de plus en plus de loyalistes (sujets britanniques qui restèrent loyaux à la Grande-Bretagne après la révolution américaine) venaient au Canada, accompagnés de leurs esclaves.
Après l'adoption, en 1850, de la Loi sur les esclaves fugitifs aux Etats-Unis, laquelle permettait la capture d'esclaves en fuite dans les États du Nord, on chercha plus que jamais à trouver asile dans le Haut-Canada. En 1833, le Parlement britannique adopta l'Acte d'abolition de l'esclavage, qui rendit à tous les esclaves de l'Empire britannique leur liberté.
Les localités de l'Ontario qui ont joué un rôle dans l'aventure du Chemin de fer clandestin sont dispersées dans le sud de l'Ontario, plus précisément de Windsor à Toronto et, au nord, de Fort Erié à Owen Sound, Thornbury et Barrie. En tout, 29 lieux permettent aux visiteurs d'explorer ce chapitre émouvant de l'histoire canadienne.
Vingt-neuf lieux de mémoireNombre de ces sites se trouvent dans la région de Niagara/St. Catharines. Le bureau de tourisme de Niagara (Tourism Niagara) a élaboré la Niagara's Freedom Trail le long de laquelle se trouvent sept endroits d'intérêt historique.
À Fort Érié, une plaque, « The Crossing », marque l'endroit où de nombreux esclaves en fuite traversèrent la rivière Niagara, depuis Buffalo et vers le Fort Érié. Certains atteignaient l'autre rive grâce au concours de capitaines abolitionnistes, d'autres attaquaient la traversée à la nage. Ces derniers n'étaient pas tous chanceux. « Les fugitifs ne voyageaient qu'une fois la nuit tombée. C'était une période extrêmement dangereuse », explique Rochelle Bush, porte-parole passionnée de l'histoire du Chemin de fer clandestin.
Toujours à Fort Érié, on peut visiter Bertie Hall, qui abrite aujourd'hui la Galerie Mahoney de maisons de poupée, une collection qui couvre une période de 200 ans. On dit que cette demeure imposante, de style Greek Revival, était utilisée comme installation secrète pour les fugitifs, une fois la rivière Niagara traversée.
Bertie Hall fut construite aux environs de 1830 par William Forsyth Sr., dont les deux fils, Brock et Nelson, étaient des abolitionnistes bien connus. Les esclaves traversaient la rivière la nuit puis ils étaient recueillis à la maison, avant d'être dispersés dans des lieux plus sécuritaires. Bien que ce ne fut jamais prouvé, on dit qu'un tunnel souterrain reliait Bertie Hall à la rivière Niagara. Au sous-sol, les visiteurs peuvent visiter les quartiers reconstitués qui baignaient dans une atmosphère sombre et clandestine.
La piste de la liberté de Niagara s'arrête également au Musée de St. Catharines, installé dans le Welland Canal's Centre. On peut y visiter l'exposition Follow The North Star, qui explore l'histoire du chemin de fer tout en soulignant le riche héritage des Afro-Canadiens.
« Il y a 27 familles noires à Niagara, la majorité se trouvant à St. Catharines, explique madame Bush. Ici, au moins 7 000 personnes peuvent retracer leurs racines jusqu'à l'époque de ces esclaves qui ont fui les États-Unis. »
À l'extérieur de la région de Niagara se trouvent un grand nombre de sites qui valent le détour, le long du chemin de fer clandestin. Le African Canadian Heritage Tour et le Central Ontario Network for Black History, de concert avec le gouvernement de l'Ontario, ont publié un livret décrivant les 29 sites de la province.
La case de l'oncle TomLe lieu historique de la Case-de-l'Oncle-Tom et la maison de Josiah Henson, à Dresden, célèbrent les accomplissements de Josiah Henson et de Harriet Beecher Stowe.
Henson échappa à l'esclavage du Kentucky, avec sa femme et ses quatre enfants, puis il s'installa dans le Haut-Canada, où il devint rapidement un membre important du Chemin de fer clandestin. En 1841, près de Dresden, en compagnie d'autres abolitionnistes, il acheta 200 acres de terre et fonda une école pour les réfugiés noirs appelée l'Institut américano-britannique. Bientôt, les résidents mirent leurs talents à profit dans les fermes, les moulins et les industries locales.
À 60 ans, Henson écrivit son autobiographie et ce furent ses mémoires qui inspirèrent Harriet Beecher Stowe pour son roman anti-esclavagiste La Case de l'oncle Tom, lequel se vendit à plus de 300 000 exemplaires au cours de sa première année de publication. Selon le président Abraham Lincoln, le tollé contre l'esclavagisme engendré par son livre fut le catalyseur de la Guerre de Sécession. Henson s'éteignit en 1883 à 94 ans, et il repose désormais au lieu historique Uncle Tom's Cabin.
Les lieux qui émaillent le Chemin de fer clandestin de l'Ontario rendent hommage aux sacrifices de ces gens qui combattirent pour les droits et les libertés des Noirs. C'est une histoire fascinante, digne de celles que l'on devrait enseigner et... que nul ne devrait oublier.
Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur d'autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l'adresse
www.voyagecanada.ca.
Source: Commission Canadienne du tourismeCette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.

Bardés de récits et de légendes, profondément imprégnés de l'existence de ceux qui les ont sculptés et érigés, les totems de Colombie-Britannique se lisent comme des livres ouverts sur l'histoire des peuples amérindiens.
PAR CAROLYNE PARENT
À Vancouver, comme à Duncan ou à Victoria, vous les voyez qui se dressent fièrement, seuls ou en bouquets. Certains sont peints. D'autres pas. Mais tous présentent, sculptés dans le cèdre, des créatures surnaturelles et des animaux fabuleux qui s'enchevêtrent, s'entrelacent et inspirent l'émerveillement. Et pour cause : c'est la mémoire des Amérindiens de la côte nord-ouest du Pacifique qui court le long de ces mâts mystérieux.
Car il était une fois des peuples autochtones dont l'histoire, la culture et les exploits s'écrivaient à même le bois. Et ce, dès la fin du 18e siècle, le commerce avec les navigateurs européens ayant procuré aux Premières Nations les outils nécessaires pour sculpter « l'arbre de vie ».
De ces échanges florissants résultèrent des potlatchs (dons rituels) de plus en plus nombreux et fastueux. Et comme, tradition oblige, ces fêtes grandioses comprenaient obligatoirement l'érection d'un mât, c'est durant cette période que l'art totémique prit son essor, explique Pat Kramer dans Totem Poles (Altitude Publishing).
Des totems-archives...C'est aussi durant cette période que cet art se codifia. Ainsi, le mât posté à proximité de la longhouse (maison traditionnelle) du chef d'un clan ou sculpté directement à même son fût de soutènement était orné d'emblèmes héraldiques annonçant les origines et le prestige de la maisonnée.
Reconnaissable à sa plate-forme transversale, le totem mortuaire soutenait un coffre contenant les restes d'un personnage important. On raconte que tous les amis du défunt devaient le veiller et que, nuit après nuit, tous se retireraient un à un, de sorte que le dernier d'entre eux puisse communiquer avec l'esprit du disparu.
Le totem commémoratif rappelait pour sa part les épopées reliées à une famille tandis que le totem narratif affirmait le droit de son propriétaire de raconter les histoires ou de chanter les chansons ancestrales associées à sa phratrie (groupe de clans).
Des formes pleines de poésieDes formes opulentes et stylisées qui ornent les totems, on reconnaît surtout les animaux protecteurs des clans dotés de qualités propres. Tels l'ours, qui symbolise l'esprit de sacrifice ; le renard, le génie de la terre ; la grenouille, la générosité ; le corbeau, l'honneur ; et Siskiutl, le serpent de mer, qui représente la puissance des guerriers.
Mais le personnage le plus important de tous est sans contredit Thunderbird. Car avant d'être un modèle de bagnole, c'était d'abord un aigle mythique qui faisait rouler le tonnerre sous ses ailes, jaillir l'éclair de ses yeux et tomber la pluie d'un lac sur son dos!
Thunderbird est d'ailleurs au coeur de nombreuses légendes amérindiennes. L'une d'elles raconte qu'il tira de la mer une baleine vorace, cause d'une grande famine au sein d'un village de pêcheurs, et qu'il la transforma en une montagne non loin de la ville de Duncan, sur l'île de Vancouver. Pour le remercier, un chef promit de créer un emblème à son image pour coiffer tous les mâts élevés en son honneur. Cette promesse vaut toujours, car Thunderbird est, encore aujourd'hui, l'une des figures les plus populaires...
Un art toujours vivantAu milieu du 19e siècle, un grand nombre de totems ont été détruits à l'instigation des missionnaires, qui les méprenaient pour des objets de culte païen. Plus tard, quantité de totems ont pris le chemin des musées étrangers. Et l'on ne compte plus ceux qui se sont désagrégés (la durée de vie d'un fût de cèdre étant d'environ 85 ans) avant d'avoir été reproduits. N'empêche : il en subsiste encore plusieurs spécimens magnifiques en Colombie-Britannique, notamment à Vancouver et sur l'île de Vancouver.
Qu'il s'agisse de répliques de mâts centenaires ou d'oeuvres récentes d'artistes fiers de perpétuer cette tradition, ils ne demandent qu'une chose : vous livrer quelques pans des belles histoires des Premières Nations de ce pays. Laissez-les donc vous les raconter lors d'un prochain séjour dans ces parages...
Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur d'autres destinations canadiennes, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à l'adresse
http://www.voyagecanada.ca/.
Source: Commission Canadienne du tourismeCette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.