
Rien de tel que le vélo pour découvrir les paysages tourmentés du littoral gaspésien, et les villages méconnus des touristes qui y passent trop vite. États d'âmes et coups de cœur d'un inconditionnel de la péninsule gaspésienne.
PAR ANDRÉ DÉSIRONT
« Vous faites le tour de la Gaspésie en vélo! Et vous avez grimpé la Madeleine? »
Tous les Gaspésiens connaissent « la Madeleine », cette côte de six kilomètres de long qu'on attaque en quittant le petit village de Rivière-Madeleine. Et quand on leur répond que oui, on a « grimpé la Madeleine », ils vous complimentent sur votre forme physique en vous décochant le regard méfiant habituellement réservé aux pervers, en l'occurrence aux masochistes.
La « Madeleine » est la première d'une série de montées et de descentes vertigineuses, dont le degré d'inclinaison varie de 14 à 18 %, qui se succèdent entre Rivière-Madeleine et le parc Forillon. Même si c'est la plus longue, ce n'est pas la plus pénible. Les cyclotouristes qui, comme moi, ont déjà fait le tour de la péninsule gaspésienne dans le sens des aiguilles d'une montre savent qu'en quittant Rivière-Madeleine, ils vivront deux jours d'enfer - ou de plaisir, c'est selon - et que la seconde journée sera la plus dure. Entre Saint-Yvon et Cap-des-Rosiers, à l'extrémité Est de la route 132, les côtes se succèdent à un rythme continu et on a l'impression qu'on n'en verra jamais la fin.
Pour moi, la « Madeleine », c'est aussi un repère. C'est là, alors que la route cesse de longer le littoral pour s'insinuer entre les contreforts des Chics Chocs sur une vingtaine de kilomètres, que j'arrive au bout de ma partie favorite de cette tournée à vélo de 900 kilomètres. Car le tronçon que je préfère, c'est cette portion du littoral qui s'étend sur une centaine de kilomètres entre Sainte-Anne-des-Monts et Rivière-Madeleine. Sur tout le reste du parcours, il faut souvent quitter la 132 et rentrer dans les villages pour trouver le point de vue qui réserve une vue saisissante sur les caps et les contours tourmentés de la côte.
Par contre, entre Sainte-Anne-des-Monts et Rivière-Madeleine, la route est coincée entre la mer et la falaise. Il suffit de lever la tête pour embrasser la splendeur du regard. Les villages, qui se succèdent tous les dix kilomètres, ont des noms qui chantent: Tourelle, Marsoui, Ruisseau-à-Rebours, L'Anse-Pleureuse, Gros Morne, Manche d'Épée... Tous sont blottis dans des baies, là où la falaise a laissé un peu de place pour construire deux ou trois dizaines de maisons, et la plupart sont veillés par ces sentinelles blanches et rouges, les phares, aujourd'hui automatisés et transformés en musées.
Ces villages ont été fondés voilà un peu plus d'un siècle par des pêcheurs de Montmagny, de l'Islet ou de l'Île d'Orléans, qui s'y réfugiaient pendant les grosses tempête de fin d'automne et qui s'y retrouvaient bloqués par les glaces. Certains décidaient d'y faire souche, pour se rapprocher des bancs de morues.
Leurs descendants y vivent d'autant plus modestement que l'épuisement des stocks et la surexploitation de la forêt les condamnent à une relative pauvreté. Cela confère aux lieux des airs d'austérité qui s'harmonisent particulièrement bien à la grandeur des paysages. La plupart des touristes y passent sans s'arrêter, pressés qu'ils sont d'arriver au Parc Forillon ou à Percé, où sont concentrés l'essentiel des infrastructures touristiques.
J'y reviens périodiquement, depuis 25 ans, et presque rien n'a changé. Je m'attendais au moins à ce que, au fil des années, des restaurants de charme et une ou deux auberges haut de gamme ouvrent leurs portes à Mont-Saint-Pierre qui, en tant que « capitale du deltaplane » de l'Est du Canada, est le plus fréquenté de ces villages perdus. Mais non. On y retrouve encore les trois ou quatre mêmes motels aux noms surannés - Les Délices, Les Flots Bleus... - que voici 20 ans.
Mais c'est sans doute au prix de ce sous-développement touristique que cette portion du littoral baptisée « la Haute-Gaspésie » conserve son charme sauvage.
C'est à ce charme que la grande côte de Rivière-Madeleine m'arrache en s'enfonçant dans l'arrière-pays. Mais je sais que je trouverai bientôt consolation et que, comme tous les cyclistes, je recueillerai le salaire de l'effort 20 kilomètres plus loin, à la halte routière aménagée avant la descente sur Grande-Vallée. Là, la vue plonge sur le gros bourg dont l'église et le presbytère se dressent à l'écart sur un énorme socle rocheux, comme déposés là par un décorateur de génie.
Vieil habitué de la boucle formée par la 132 autour de la péninsule - c'était la quatrième fois que je la parcourais en vélo - je sais quand il faut tourner la tête pour découvrir une vue à couper le souffle. Je connais les chemins de traverse à emprunter pour arriver au point de vue, au musée, à l'attraction ou au phare qu'il ne faut manquer à aucun prix. J'ai mes adresses, mes repères, tout au long du parcours.
À Petite-Vallée, c'est la salle d'exposition du Village en chansons qui retrace l'histoire de la chanson francophone, depuis La Bolduc. On peut passer deux heures, casque d'écoute sur la tête, à redécouvrir les succès qui ont fait vibrer plusieurs générations de Québécois.
Dans le parc Forillon, j'essaie toujours de trouver à me loger à Cap-des-Rosiers, pour aller manger une bouillabaisse Chez Mona, le meilleur restaurant de l'endroit. En sortant, avec un peu de chance, le brouillard se sera levé, conférant aux lieux une ambiance magique renforcée par les meuglements de la corne de brume.
À Gaspé, où un «Comité Centre-Ville » s'efforce de réparer les erreurs du passé (depuis les années soixante-dix, une grande route à quatre voies émascule le paysage, coupant littéralement la ville de sa superbe baie), j'aime m'attarder à une des terrasses de la rue de la Reine et dîner au Brise-Bise, le restaurant-boîte-à-chansons le plus animé de l'endroit.
À chaque voyage, je fais des découvertes. Cette année, ce fut l'Anse-à-Beaufils, près de Percé. Une poignée de passionnés y a rénové les bâtiments d'une vieille usine de transformation du poisson pour en faire un centre d'art. En bas, on trouve une salle de spectacles, une boutique de produits du terroir et un des bistros-restaurants les plus fréquentés de la péninsule. L'étage a été aménagé en grande galerie d'art où une quinzaine d'artistes - peintres, sculpteurs, céramistes... - viennent passer l'été et travailler devant les visiteurs, qui se font de plus en plus nombreux à mesure que la réputation de la Vieille Usine grandit.
Dans le même hameau, un extraordinaire conteur, Rémi Cloutier, fait revivre l'ancien magasin général de la compagnie Robin, ces marchands de morue de Jersey qui exploitaient des comptoirs de pêches tout autour de la Gaspésie. Étagères, marchandises, comptoirs, tout y est dans le même état qu'à la fin du XIXe siècle.
Puis, après l'Anse-à-Beaufils, on s'engage dans la Baie des Chaleurs, où les paysages sont moins spectaculaires. Si le parcours est relativement plat, le cycliste risque d'avoir à y affronter les vents dominants, qui soufflent de l'Ouest. Mais un dernier cadeau du ciel les attend avant de compléter la boucle: une journée à pédaler en longeant la Matapédia, l'une des plus belles rivières à saumons de l'Est du Canada...
Pour de plus amples renseignements sur cette destination ou sur toute destination canadienne, visitez le site de la Commission canadienne du tourisme à
www.voyagecanada.ca.
source: Commission Canadienne du tourismeCette reproduction n'est pas présentée à titre de version officielle du contenu reproduit, ni dans le cadre d'une affiliation et/ou avec l'appui de la Commission canadienne du tourisme.

Photo: Royal Tyrrell Museum
Le vent et l'eau ont sculpté les badlands du parc provincial Dinosaur, dans le sud-est de l'Alberta.
Photo: Royal Tyrrell MuseumCe fémur de dinosaure, mesurant 1,3 mètre, fut déterré en 2002 dans le cadre des fouilles du Royal Tyrrell Museum qui permettent aux visiteurs de se glisser, l'espace d'une journée, dans la peau d'un paléontologue.
Photo: Chad Shier pour le Royal Tyrrell Museum
À la recherche de fossiles dans le parc provincial Dinosaur, l'un des lieux les plus riches de la planète en vestiges de dinosaures.
Photo: Chad Shier for the Royal Tyrrell MuseumScientifiques et techniciens du Royal Tyrrell Museum utilisent de petits marteaux et des forets pour dénicher des fossiles de dinosaures.
Photo: Travel Alberta
Ce Triceratops est l'un des 35 squelettes de dinosaures exposés au Royal Tyrrell Museum, à Drumheller, en Alberta.
Photo: Travel Alberta
Le tyrannosaure roi est l'un des 35 squelettes de dinosaures exposés au Royal Tyrrell Museum, à Drumheller, en Alberta.

En Alberta, dans le parc provincial Dinosaur, les paléontologues invitent les visiteurs à fouiller le sol d'une région qui fut jadis fort couru par les lézards géants.
PAR IAN CRUICKSHANK
Randy Lyons était en troisième année, lorsqu'il confia à sa maîtresse d'école qu'il voulait devenir paléontologue.
« Mais selon elle, dit Randy Lyons, tenter de dénicher des squelettes de dinosaures était une activité des plus ennuyeuses, sans compter qu'elle était persuadée qu'on avait déjà trouvé tous les restes de diplodocus et autres tyrannosaures de la planète. J'ai donc abandonné l'idée. »
Après avoir tourné le dos à l'ère jurassique, il se lance dans une brillante carrière en vente et en marketing. Mais au jour de son 50e anniversaire, son rêve d'enfant refait surface.
« Ma femme m'a offert une expédition de fouille aux dinosaures, dans les Badlands de l'Alberta », rajoute Randy Lyons, qui vit à West Chester, en Pennsylvanie, et qui renouvelle l'expérience chaque année depuis six ans maintenant. « Je suis fou de ça et d'une certaine façon, c'est ce que je fais de plus important dans l'année. »
Bien que les dinosaures aient disparu de la surface de la terre depuis 65 millions d'années, ils suscitent encore et toujours une réelle fascination. « Le grand intérêt que l'on porte aux dinosaures en a fait des créatures mythiques, un peu comme les dragons, explique Peter May, propriétaire d'une entreprise ontarienne spécialisée dans la réplique de dinosaures destinée aux musées. Il est difficile de croire que ces créatures géantes et féroces ont déjà foulé la surface de la terre. »
Au cours de la dernière décennie, le Royal Tyrrell Museum, près de Drumheller, a permis au grand public de participer à des fouilles paléontologiques. Fondé en 1985, le Tyrrell - l'un des plus importants musées du pays - abrite le fascinant Dinosaur Hall, où l'on peut admirer l'une des expositions les plus enlevantes du globe, en la matière. Situé près de certains des plus riches terrains fossilifères de la planète, le Tyrrell propose des fouilles tant quotidiennes qu'hebdomadaires au cours desquelles les visiteurs peuvent travailler de concert avec des paléontologues déjà à l'œuvre dans la région.
Les Field Experience, fouilles hebdomadaires, se déroulent principalement dans le parc provincial Dinosaur, un site du patrimoine mondial de l'Unesco situé à deux heures de route de Drumheller. Étendue aride émaillée de monolithes de grès sculptés par le vent et l'eau, le parc fut jadis fort luxuriant. Un genre de Club Med pour dinosaures, en quelque sorte....
« Il y a environ 75 millions d'années, cette région ressemblait à la Floride, explique Kevin Kruger, le coordonnateur de l'activité Field Experience. La température y était idéale et on y trouvait des rivières, des plantes et de petits animaux, bref, l'endroit rêvé pour tout dinosaure qui se respecte! » Mais en émergeant de la croûte terrestre, les Rocheuses laissèrent tomber des sédiments dans les rivières qui coulaient vers l'est. Résultat : plusieurs dinosaures périrent dans l'eau à l'emplacement actuel de l'Alberta, avant d'être enterrés et préservés dans ces sédiments.
Au fil de la semaine, les participants de la Field Experience, qui peuvent choisir entre camper sur le terrain ou dormir dans des roulottes climatisées, ont l'occasion d'expérimenter six tâches différentes. « Vous pouvez scruter les formations rocheuses pour y trouver des os, écailler et brosser les fossiles, manipuler les cordes et les poulies ou cartographier et cataloguer les trouvailles », explique M. Lyons, dont la femme a récemment commencé à l'accompagner dans ses expéditions.
Un des grands bonheurs de notre paléontologue amateur fut de pouvoir travailler, trois jours durant, auprès de Philip Currie, chef de la recherche sur les dinosaures au musée. « Je me suis défoulé et je lui ai posé l'équivalent de 40 ans de questions. Pour ajouter à l'enchantement, j'ai trouvé des dents de tyrannosaure de la taille de la paume d'une main. Des millions d'années plus tard, on peut encore sentir leur bord tranchant. Fascinant! »
Les expériences interactives que propose le musée au quotidien sont moins exigeantes, mais tout aussi excitantes. Après la visite des coulisses du musée, le groupe se dirige vers un site de fouilles, histoire d'admirer des fossiles récemment déterrés. Tout au long de la journée, les paléontologues montrent aux participants comment déterrer les fossiles, cartographier leur position et les envelopper de plâtre. Une fois ce travail passionnant terminé, il reste assez de temps pour parcourir les expositions du musée. Au cours de la dernière décennie, les participants aux fouilles quotidiennes ont excavé plus de 2 500 spécimens importants, dont LA trouvaille de l'année dernière : un fémur de dinosaure à bec de canard mesurant 1,3 mètre.
Andrew Stewart, un pédiatre d'Edmonton et son petit-fils de 14 ans, Brian Burley, participent aux activités du musée depuis quatre étés, et ils ont déjà réservé leur place pour cette année. Brian vit à Dallas et rêve de devenir un chasseur de dinosaures. Il a même troqué l'étude de l'espagnol contre celle du latin.
« Chaque année, son père et moi demandons à Brian s'il désire faire quelque chose de différent, l'été venu. Mais il choisit toujours la fouille, raconte son grand-papa, qui ne cache pas sa fierté. Les guides sont enthousiastes et nous avons l'impression d'accomplir quelque chose d'important. Pas seulement de jouer dans la terre. C'est une expérience fabuleuse! »
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Photo: Heiko Wittenborn, Tourisme Québec
L'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, dans les Cantons-de-l'Est, est aussi célèbre pour ses fromages que pour la splendeur de son site.
Photo: Ediphoto, Tourisme QuébecEn quelques décennies, le Québec est devenu la terre promise du fromage, en Amérique du Nord. Parmi les nombreuses fromageries qui essaiment dans le Belle province, une cinquantaine figure sur « La Route gourmande des fromages fins du Québec », un itinéraire gastronomique qui permet de rencontrer les artisans chez eux.

Photo: Marc Archambault, Tourisme Québec
La Maison d'affinage Maurice Dufour, à Baie-Saint-Paul, est l'une des plus réputées du Québec. Outre le Ciel de Charlevoix, un délicieux fromage bleu au lait cru, on y fabrique le succulent Migneron, Grand prix 2002 des fromages canadiens.
En quelques décennies à peine, le Québec est devenu la terre promise du fromage en Amérique du Nord. Si plusieurs produits s'inspirent de grands noms européens, d'autres sont tout à fait uniques. Exploration d'un phénomène du terroir qui fleurit en bouche.
PAR HUGO PARADIS
Lorsque l'on déballe un Lechevalier Mailloux, c'est toute la pièce qui embaume. Ce puissant fromage, qui peut tenir tête à certains des plus exquis produits du Vieux Continent, est un pur petit chef-d'œuvre. Quand on en dépose un morceau sur sa langue, c'est l'explosion florale. Tout juste s'il ne pétille pas; on dirait presque qu'il vit!
Élaboré à Saint-Basile, près de Québec, le Lechevalier Mailloux témoigne avec brio de l'impressionnante qualité des nombreux fromages fins qui ont vu le jour au Québec, au cours des dernières décennies. Couronné champion toutes catégories lors de la première édition du Grand prix des fromages canadiens en 1998, le Lechevalier Mailloux s'est vu de nouveau honorer de la sorte, en 1999 et 2000.
Il faut dire que son coloré producteur, Luc Mailloux, est aussi artiste que perfectionniste : avant de mettre sur le marché son Saint-Basile, une autre de ses savantes réalisations, il en a fabriqué plus de 8 000 meules. Résultat : l'illustre Bocuse lui-même n'a pu trouver d'équivalent dans les fromages français, tant le Saint-Basile brille par son unicité.
Même si les produits de la ferme de Luc Mailloux sont hors normes, une majorité de fromages québécois ont de plus en plus la cote, tant dans la Belle Province qu'au-delà de ses frontières. Qu'ils soient à base de lait de chèvre, de vache ou de brebis, on les voit apparaître dans un nombre toujours croissant d'épiceries fines, sur les menus de grands chefs d'Amérique ainsi que sur les tables des plus exigeants connaisseurs.
« Qui aurait pu dire qu'un jour, on trouverait sur les étals des marchés québécois presque autant de fromages de chez nous que de fromages importés? Que beaucoup de nos fromages, particulièrement ceux au lait cru, seraient servis dans les grands restaurants de Chicago, Los Angeles ou New York? », peut-on lire sur la jaquette du
Guide complet des fromages du Québec, de Jules Roiseux.
En quelques décennies à peine, le Québec est devenu un riche terroir où ont poussé comme des champignons des fromageries artisanales, des microfromageries et des fabriques de plus ou moins grande envergure. « Un phénomène unique au monde », assurent Richard Bizier et Roch Nadeau, dans leur
Répertoire des fromages du Québec. À l'instar d'autres spécialistes, ceux-ci constatent qu'aucun autre endroit d'Amérique du Nord ne produit autant d'aussi bons fromages.
Grâce à la qualité du lait de même qu'à l'inventivité et au savoir-faire des artisans, d'excellents fromages québécois furent ainsi élaborés. Si certains s'inspirent de quelques-uns des plus célèbres crus français et européens, d'autres produits tout à fait originaux ont également vu le jour. À titre d'exemple, des fromagers d'ici frottent leurs meules avec de la bière forte québécoise, les lavent à l'hydromel ou les fument au bois d'érable.
Quand ils ne font pas un clin d'oeil au proverbial sens de l'humour québécois, leurs noms chantent la beauté des lieux ou l'histoire d'où ils proviennent : Migneron de Charlevoix, Pied-De-Vent des Îles de la Madeleine, Coureur des Bois de Saint-Antoine-de-Tilly, Riopelle de l'Île aux Grues, Diable aux Vaches de Mont-Laurier, Fumirolle de la Côte de Beaupré, Sieur Corbeau des Laurentides ou Tarapatapom de Knowlton.
Le berceau de l'industrie fromagère canadienneCe n'est pas d'hier que l'on fabrique du fromage, au Québec. C'est même ici qu'est née l'industrie fromagère canadienne, après que Jacques Cartier ait emmené avec lui, en 1541, les premières vaches françaises en Nouvelle-France. Mais il faudra attendre au XIXe siècle pour assister à la naissance d'une industrie digne de ce nom, tant au Québec que dans le reste du Canada. Petit à petit, d'un bout à l'autre du pays, des artisans commencent alors à véritablement mettre la main à la pâte - c'est le cas de le dire.
Au Québec, en 1850, une ferme de Sault-au-Récollet entame ainsi la production du Crème de Beloeil, sorte de camembert québécois. En 1893, les moines d'Oka se mettent à leur tour à produire des fromages qui comptent aujourd'hui parmi les plus connus du Québec. Et en 1895, la fromagerie Perron - qui existe toujours et dont les anciens locaux, devenus musée, sont classés monument historique - voit le jour. Un peu plus tard, au siècle suivant, les Bénédictins de Saint-Benoît-du-Lac et les moniales de Mont-Laurier - pour ne nommer qu'eux - emboîteront également le pas.
Mais la prolifération de fromageries - et en particulier de microfromageries - demeure, elle, beaucoup plus récente. « C'est d'abord et avant tout la demande des Québécois, en hausse depuis quelques dizaines d'années, qui explique cet engouement. Ils voyagent beaucoup plus et sont toujours plus ouverts sur le monde, surtout sur la France, où ils ont découvert l'existence de produits du terroir tout en se demandant pourquoi ils en avaient si peu chez eux », explique André Fouillet, auteur de
À la découverte des fromageries du Québec, un ouvrage qui recensait, déjà en 1998, plus de 70 fromageries québécoises.
Aujourd'hui, les Québécois n'ont plus de quoi se plaindre : leurs fromages se sont multipliés et une bonne centaine de fromageries jalonnent chaque région de la province. Une cinquantaine d'entre elles font même l'objet d'une fort jolie brochure baptisée
La Route gourmande des fromages fins du Québec. Certaines se visitent, d'autres pas, mais toutes ouvrent les portes de leur échoppe à quiconque serait tenté par une bouchée, voire une meule. En voici un échantillonnage :
À découvrirFromagerie La Ferme au Village, 45, Notre-Dame Ouest, Lorrainville (Abitibi), (819) 625-2255. À goûter : le Cru du Clocher, un succulent cheddar au lait cru vieilli.
Les Fromages de l'Érablière, 1580, Eugène-Trinquier, Mont-Laurier (Laurentides), (819) 623-3459. À goûter notamment : le Cru des érables, fromage au lait cru affiné avec un acéritif (apéritif à base d'eau d'érable).
Fromagerie Oka, 1400, chemin Oka, Oka (Laurentides), (450) 479-6396. C'est dans ce monastère trappiste que sont nés les premiers fromages fins québécois, en 1893.
La Biquetterie, 470, route 315, Chénéville (Outaouais), (819) 428-3061. À goûter : des fromages de chèvre exquis moulés à la louche.
Chèvrerie les Trois Clochettes, 840, Rivière Sud, Saint-Roch-de-l'Achigan (Lanaudière), (450) 588-5080. Réputée pour son « chèvre doeuvre » affiné dans une feuille de vigne.
Fromagerie du Champ à la Meule, 3601, Principale, Notre-Dame-de-Lourdes (Lanaudière), (450) 753-9217. C'est ici qu'est fabriqué le Victor et Berthold, l'un des fromages québécois les plus réputés.
Fromagerie Fritz Kaiser, 459, 4e Concession, Noyan (Montérégie), (450) 294-2207. On y fabrique notamment la Tomme de M. Séguin, mi-chèvre, mi-vache.
Fromagerie Au gré des champs, 400, rang Saint-Édouard, Saint-Athanase (Montérégie), (450) 346-8732. À goûter : Au gré des champs et D'Iberville, des fromages au lait cru produits avec du lait de vaches nourries de plantes fleuries et aromatiques certifiées bio.
Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, Saint-Benoît-du-Lac (Cantons-de-l'Est), (819) 843-4336. Sans frais: 1 877 343-4336. Fromagerie historique, aussi réputée pour son site que ses nombreux fromages.
Fromage Côté, 80, rue Hôtel-de-ville, Warwick (Bois-Francs), (819) 358-3300. Spécialités à croûte lavée, dont le Cantonnier de Warwick et le Sir Laurier d'Arthabaska.
Bergerie La Moutonnière, 3690, rang no 3, Sainte-Hélène-de-Chester (Bois-Francs), (819) 382-2300. La « première et seule fromagerie fermière et artisanale de brebis installée à la ferme ».
Ferme Piluma, 150, rang Sainte-Angélique, Saint-Basile (région de Québec), (418) 329-3080. C'est ici que l'on élabore plusieurs des meilleurs fromages québécois : le Lechevalier Mailloux, le Saint-Basile, l'Ange Cornu et le Sarah-Brizou, pour ne nommer que ceux-là.
Fromagerie Île-aux-Grues, 210 chemin du Roy, Île aux Grues (Chaudière-Appalaches), (418) 248-5842. À essayer : le Mi-Carême, un pâte molle au lait cru, et le Riopelle, nommé en l'honneur du célèbre peintre qui habitait naguère dans l'île.
Maison d'affinage Maurice Dufour, 1339, Mgr de Laval, Baie-Saint-Paul (Charlevoix), (418) 435-5692. Lieu de fabrication du Migneron (Grand prix 2002 des fromages canadiens) et du Ciel de Charlevoix, un délicieux fromage bleu au lait cru.
Fromagerie Perron, 156, av. Albert-Perron, Saint-Prime (Lac-Saint-Jean), (418) 251-3164. Fabrique depuis des lustres un cheddar de renommée internationale.
Ferme Chimo, 1705, boul. de Douglas, Gaspé (Gaspésie), (418) 368-4102. Produit des « fromages de chèvre uniques ».
Fromagerie du Pied-de-Vent, 149, chemin de la Pointe-Basse, Havre-aux-Maisons, Îles de la Madeleine, (418) 969-9292. Lieu de fabrication du réputé fromage du même nom.
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